Un homme...Un lit...Il veille...Un sourire au coin, celui du diable...La lumière laisse peu de place à quoi que ce soit. Ce visage là, je ne le connais pas, et est assez indescriptible, un peu difforme, oui rien que pour ça, on dirait que je ne veux pas te connaître. Ta chaise te sied bien, n'est-ce pas? Tu poses tes yeux là où tu sembles avoir une emprise. Au moins tu as envahie. C'est déjà ça, ce n'est pas donné à tout le monde. Tu en as conscience? De ce soleil qui tape en dehors de cette pièce, la lumière se transforme pourtant en ombre par cette grande fenêtre, par cette séparation opaque, et pas des moindres. Des fois, les rayons passent, et j'adore leurs dévoiler ma face. Cela me réchauffe l'âme, rien est mauvais sous cet astre brûlant.
Et moi? J'ai ma place dans cette pièce. Dis? Ha...Je ne suis pas là, en fin de compte. Éternel absent. Vieux cliché de merde. Vieux cadavre nauséabond. Je te foutrais bien un coup de savate à ce boulet crasseux. Et là je pourrai faire des putains de sauts, en le fracassant avec mes mains en sang. Tu as une cigarette? Pour que je sorte enfin dehors. C'est la saison des poisons tu sais...Ce n'est pas si grave. Je ne vais pas en crever, de cette mortelle fumée.
Pourtant me voilà bien impliqué. Oui, je crois qu'il n'y a plus rien à refouler. J'ai tout emmagasiné dans ma chair, dans mon c½ur en pâture à n'importe quoi. Une habitude d'un drôle de candide. J'aime les rues, les déchets, les sacs plastiques qui volent. Et je fais attention à tout. Mais c'est tout de même con, la rue. Puis, je m'évade. J'aime ça on dirait. Je prends enfin les choses en étant plus serein. Illusion. A force d'imaginer la vie des autres, je n'arrive pas à construire la mienne, celle dont j'ai envie d'avoir.
Tu es toujours là? Non, attend tu viens de me jeter un regard? Tu dois avoir les yeux dans le vide, alors. Non je ne suis pas là. Je te laisse. Je sors, discrètement, sur la pointe des pieds. Oula!? Ton oreille se tend des ondes qui sortent de ma bouche toute tremblante? Et si je criais? T'en penses quoi? Pour que j'en éclate des tympans! Un cri d'homme des cavernes...Ouais comme dans Le cercle des poètes disparus...tu connais tout toi, et très intelligent avec ça. Bien voilà que tu te mets à me parler...Pouah, je comprends que tu ais besoin de temps pour avoir conscience des autres et de ce qu'ils te demandent. Je ne fais que passer. J'ai vu. Vous êtes vraiment beaux. Tu sais ça m'écorche de le dire. Vraiment.
Aïe! C'est quoi cette poignée? Elle est parée de ronces. Quel étourdi, tu fais vraiment gaffe à rien. Et voilà, je les ai vraiment en sang maintenant! Et j'en fous partout. C'est la meilleure partie de l'histoire mes amis. Y'en a vraiment partout, sur les draps et les oreillers. Tant qu'à faire, je le disperse, ce produit écarlate que l'on pourrait utiliser afin d'obtenir des peintures.
Bon je peux m'en aller maintenant...Comment ça pas par cette porte? Oh, c'est ton entrée à toi, comme un Grand Alexandre triomphant. Tu veux que j'aille par où dis moi, t'as l'air de tout savoir... La fenêtre? Et ses éclats? Non mais attends je viens déjà d'en perdre quelques litres. Je ne savais pas que des ronces pouvaient être si meurtrières. Je comprends pourquoi le Christ s'en est allé avec une couronne d'épines sur la tête. Bon, c'est haut? Non, mais elle donne sur la rue...Ah non...Pas la rue...Du moins pas celle là. Je n'aime pas son bitume, c'est tout. Me dis rien, à tes yeux je n'existe pas. Continue, tu es bien là. Oui, je t'assure. Regarde-toi. Regardez-vous, belles créatures. Moi je ne suis qu'un loup, aux chaussettes blanches. C'est mignon ou ridicule, cela dépend des goûts.
Je suis fatigué. Je vais me coucher. Et arrêter ce stupide rêve. Oui tu n'es qu'un songe du gland. Irréel. Je ne sais pas qui tu es, juste un écho qui vient de l'est. Mais tu me fais quand même bien vibrer. Je ferme les yeux et tu ne seras plus là. Un souvenir fabriqué de toutes pièces par mon cerveau. J'appelle les divins aigles. C'est bon, je suis réveillé. Même pièce...même sourire au coin...